Un jour au pays de Panjabi MC

septembre 8, 2009

Amritsar street

Il y a deux semaines, je vous parlais de Jangpura et de ses Sikhs. Comme annoncé, je me suis rendu en weekend dans leur capitale, Amritsar. Dire que j’hésitais à y aller…

Pour commencer, je dédie ce post à Mark, qui m’avait écrit “je t’interdis de partir du pays sans avoir vu Amritsar, c’est magnifique”. Il n’a pas exagéré, passage obligé !

Partition dead

Tout d’abord parce que c’est une ville empreinte d’histoire. Située dans l’est du Pendjab, Amritsar a connu la partition et les vagues de mouvements entre Inde et ce qui deviendrait le Pakistan. Elle a donc servi d’abattoir géant pendant les massacres terribles entre hindous, sikhs et musulmans. Bilan : un million de morts et 12 millions de déplacés à travers le Pakistan, l’Inde et le Bangladesh.

Avant cela, il y avait eu en 1919 le massacre de Jalianwala Bagh. C’est le nom d’une place où, lors d’une manifestation pacifique contre le colon britannique, les soldats du roi ont ouvert le feu sur la foule. Bilan : 379 morts et 1200 blessés (officiellement) et des traces de balles encore présentes sur des murs. La place a été transformée en parc commémoratif de ce triste événement et de ses martyrs. Le massacre servira d’élément déclencheur du mouvement de non-coopération initié par le Mahatma Gandhi qui aboutira à l’indépendance de l’Inde.

Jalianwala Bagh balles

En 1984, des sikhs séparatistes à la quête d’un Etat à eux, comme les musulmans du Pakistan et du Bangladesh, s’enfermeront dans le Temple d’Or en guise de provocation. Ni une, ni deux, le Premier ministre Indira Gandhi (fille de Jawarharlal Nehru, père de la nation indienne, mais aucun lien avec le Mahatma) enverra des troupes dans le temple pour déloger les indépendantistes. Bilan : 576 morts officiels, plus de 5.000 selon les historiens, dont de nombreux civils et une insulte suprême pour les sikhs. Les gardes du corps sikhs d’Indira Gandhi l’assassineront en représailles. Des émeutes anti-Sikhs s’en suivront dans le nord du pays. Bilan : près de 3.000 morts.

La mort hante peut-être encore Amritsar, mais rien ne le laisse transparaître hormis Jalianwala Bagh et quelques plaques. La ville vit, est chaude, accueillante. Les Pendjabis ont un langage similaire à l’hindi, mais un physique particulier. Grands, costauds, peau claire, cela tranche nettement avec les gringalets du Sud. Beaucoup de Sikhs dans cette ville qui leur sert de capitale. On se croirait encore un peu à Jangpura…

Sikhs bike

Le clou de la visite, ça reste bien sûr le Harmandir Sahib, ou Temple d’Or. (De mauvaises langues diront qu’il n’y a que ça à voir à Amritsar. Ne les écoutez pas.) Je le mettrais dans la même catégorie que le Taj Mahal, le genre de monument qui fait ramasser sa machoire pendant au moins cinq minutes. Rien à dire, on est trop occupé à se régaler les yeux.

Harmandir SahibAvant d’entrer dans le temple, on doit obligatoirement se couvrir la tête. Les sikhs ont leur turban, pas de soucis. Les autres doivent se coiffer d’un mouchoir assez grand ou d’un bandana hideux acheté 10 roupies (0,15 euros) à l’entrée. En même temps, on n’est pas là pour être beau. Juste pour se faire plaisir.

Bandana Temple

Ca t'apprendra à laisser tes photos de vacances sur Flickr mon pote

Le bâtiment est carré, avec une grande cour intérieure occupée par un énorme bassin d’eau. On marche autour de l’eau, sous les arcades ou à l’air.

Lil Wayne grill

Des sikhs se baignent dans cette H2O sacrée, trempette qui fait partie des traditions qui s’imposent aux pèlerins. Et au milieu de l’eau, un édifice sur trois étages couvert d’or. Oui, d’or. Même Lil’ “je mets des diamants sur mes dents” Wayne passe pour un tocard à côté.

Eclairé par le soleil ou artificiellement, le coeur du temple éblouit de sa splendeur. (Et aussi parce que ça brille bien sûr.) On fait la queue pendant une vingtaine de minutes pour pouvoir entrer dans ce lieu, sur une passerelle au-dessus de l’eau. A l’intérieur, des plafonds recouverts de dorures, une déco ultra-kitsch mais qui inspire plutôt l’émerveillement que le dégoût. Et des gens qui prient, évidemment.

CathedralOn se rend compte ici à quel point nos cathédrales austères européennes peuvent différer des édifices religieux qu’on trouve parfois en Inde. Pas la constatation du siècle, mais ça fait réfléchir sur les diverses conceptions qu’on peut avoir de la religion ailleurs sur le globe.

L’autre vue à ne surtout pas manquer de visite à Amritsar : la frontière pakistanaise. Une heure d’autorickshaw ou une heure et quart de bus et on se retrouve à Attari (coller une blagounette de geek ici), dernière ville avant le Pakpak. Sur une borne au bord de la route, on lit “Lahore 23 km”. 23 km putain, c’est rien !

A moins d’avoir déjà vu des photos de ce lieu, petit capotage en règle en arrivant. Une grande barrière au fond, ok. Mais sur les côtés, des gradins. Quoi, des gradins devant une frontière. Oui, des gradins, des gradins de stade. Où les gens s’asseyent pour voir les gardes accomplir la cérémonie quotidienne de fermeture de la frontière, à la tombée de la nuit.

Crowd Attari

Border patrol okUn truc de malade. Les gardes paradent d’un côté et de l’autre des barrières, dans des uniformes impeccables, ornés de chapeaux à crêtes en tissu qui ressemblent à des éventails de Sévillane. Ils avancent en étirant les jambes jusqu’à la tête, touchant parfois leur couvre-chef avec le bout du pied, marchent très vite vers la frontière et se postent face à l’ennemi. Près d’un millier de “supporters” en folie les encouragent, criant “Hindustan zindabad” (allez l’Inde) ou “Jai ho” (allez). En face, “Pakistan zindabad” et une sono qui crache du son bien meilleur et bien plus fort.

MaradonaDes deux côtés, un Punjabi MC digne de Telemundo qui crie quelque chose qui ressemble à “Goooooooooooool!” pendant 45 secondes. Encore une fois, ça envoie plus lourd chez les Pakis. Et la touche finale, le 2 contre 2. La frontière s’ouvre et un carré de 2 Pakistanais et 2 Indiens se forme. Session “je te fixe sans rigoler et j’essaie de te faire chier dans ton froc le tout sans lâcher le regard pendant une ou deux minutes en gueulant de toutes mes forces de temps en temps” entre Indiens et Pakistanais. Puis on abaisse les drapeaux et on rentre chez soi en claquant le portail. Après s’être serré la main quand même.

Attari pakDe l’autre côté de la frontière, on voit les Pakistanais en kurta, habit traditionnel d’Asie du sud, femmes et hommes séparés. Derrière et à côté de nous, habits “occidentaux” et population mixte. Oui, quelques années séparent encore les deux pays. Et une haine tenace qu’ils expriment en venant s’asseoir dans les tribunes et en chantant à la gloire de leur pays.

Mais après, on s’amuse à faire les comptes. Des gradins des deux côtés, des chants qui se ressemblent à mort. Les uniformes ne changent que par la couleur, la choré est quasiment la même. La région est la même des deux côtés : le Pendjab (pakistanais à l’ouest, indien à l’est). Et on se quitte tous les soirs en claquant la porte. Ça sent l’embrouille entre frangins.

Pakhindustan


Love aaj kal, l’amour de nos jours

septembre 1, 2009

Shahrukh, l'incontournable

Deux semaines plus tard, Welcometosancho revient avec des excuses. Je vous imagine inquiets devant vos écrans : “Il a pas arrêté Sancho quand même ?! Je vais faire quoi moi maintenant ?!”… ou pas. Ne vous souciez guère, plusieurs posts sont en préparation, ne manque que le temps pour les écrire.

Pour commencer, on va répondre à une requête du très estimé Corentin B., qui se trouve quelque part entre le Liban, la Jordanie et Israël, mais dont j’ai perdu la trace. Dans un commentaire, il demandait ce qu’il en était de la drague en Inde.

La drague en Inde, c’est un peu comme pêcher dans une mer sans poissons (je me sens poète ce soir). Avec des exceptions, certes. Il est possible de trouver des Indiennes libérées, “occidentalisées” diront certains.

On les rencontre dans les boîtes à 700 roupies l’entrée (10 euros, mais à pouvoir d’achat indien on peut multiplier par cinq au moins) ou dans les soirées chez Ravi (ou d’autres), où se côtoient étrangers et upper class indienne. L’Occidental y est comme chez lui et peut se comporter de la même manière qu’à la maison, en respectant certaines règles de savoir vivre bien sûr. La saison de chasse dure toute l’année dans ces réserves, pas de soucis…

L'occasion de vous présenter quelques belles Indiennes bollywoodiennes. Priyanka Chopra pour commencer

L'occasion de vous présenter quelques belles Indiennes bollywoodiennes. Priyanka Chopra pour commencer

Il court aussi une légende (confirmée) quant aux “filles du Nord-est”. Le Nord-est, est une partie de l’Inde oubliée, parfois des Indiens eux-mêmes, bordée par le Bangladesh, la Birmanie, le Népal, le Bhoutan et la Chine, et rattaché au reste du pays par une très mince bande de terre. Ici, la population est souvent catholique, ce qui la distingue du reste de l’Inde. Et le fricotage hors mariage est beaucoup plus libre, pour des raisons culturelles.

Dans le Nord-est, on ressemble beaucoup plus aux Asiatiques du Sud-est

Dans le Nord-est, on ressemble beaucoup plus aux Asiatiques du Sud-est

Car la religion est très importante en Inde, où l’on trouve surtout des hindous et des musulmans (l’Inde est le deuxième pays au monde où vivent le plus de muslims, derrière l’Indonésie). Et comme le lien entre religion et promiscuité n’est plus à prouver, pas besoin d’en dire plus.

Parfois, il arrive qu’un jeune hindou ou musulman qui aurait simplement parlé à une jeune femme musulmane ou hindoue se fasse rouer de coups. Alors imaginez si on vous attrape la main dans la main… Il existe dans certains coins (peu nombreux heureusement) où les “polices morales” arpentent les rues à la recherche de dangereux dépravés. A Delhi, on est plus tranquilles mais un comportement jugé indécent attirera toujours des regards désapprobateurs. Et l’honneur est sacré pour les Indiens.

Mais rien n’empêche de faire des rencontres impromptues. Et là, on se guide à l’instinct, et avec des pincettes bien sûr. Ce serait con de se faire lyncher aussi jeune.

Aishwarya Rai, Miss Inde 94 devenue actrice (comme toutes les models à succès)

Aishwarya Rai, Miss Monde 94 devenue actrice (comme toutes les models à succès)

Pour les Occidentales en Inde, le problème de la drague est tout autre. Les Indiens sont gavés d’images de belles starlettes américaines et  la peau blanche est un atout indéniable selon les canons de beauté indiens. Le problème que rencontrent les Occidentales est celui des préjugés. Car si dans les films bollywoodiens on parle beaucoup d’amour, c’est fait tout en pudeur. Pour ceux qui ont déjà taté du Hollywood, il suffit d’un regard un peu complice et l’affaire est dans le sac.

Autant dire que beaucoup d’Indiens fixent les blanches à la recherche de ce fameux regard. Dans une société où on perd généralement sa virginité au mariage, entre 18 et parfois 30 ans, et où on ne connaît qu’une seule femme (en général encore), toutes les occasions sont bonnes. Surtout qu’une étrangère n’ira pas raconter ce qui s’est passé à tout le quartier ou village.

Voilà Coco, t’as eu ta réponse. Tu me raconteras ça dans deux semaines, mais j’imagine qu’au Liban, la situation est assez similaire. Dommage, tant de jolies filles tenues par cette satanée religion. Merci Allah, merci Brahma, merci Vishnu, merci Shiva… et merci aux 33 autres milliards de dieux hindous.

Sans oublier Freida Pinto, héroïne de Slumdog Millionaire qui n'a pas encore la grosse cote en Inde. Bizarre...

Sans oublier Freida Pinto, héroïne de Slumdog Millionaire qui n'a pas encore la grosse cote en Inde. Bizarre...

PS : Grosse photo de Shahrukh en “une”, dédicace à mes homies Faby-O et Tony Eden…

PPS : Dix roupies à celui qui comprend le titre, comme dirait l’autre


JGP, the place to be

août 17, 2009

JangpuraQuand on pose les valises quelque part et qu’on y prend ses habitudes, on finit forcément par s’y attacher un peu. Depuis début juillet, c’est à Jangpura Extension que j’ai marqué mon territoire. (Sans laisser de traces sur les arbres, je vous rassure.) Donc si une guerre des gangs géante devait éclater à Delhi, je sais de quel côté je serais. Fier d’être de JGP.

map delhi real

Coincé entre le Jawaharlal Nehru Stadium, le stade principal de Delhi (78.000 personnes), Lajpat Nagar, grand quartier commercial, et Mathura Road, la patte sud-est de l’araignée delhiite, Jangpura est très méconnue dans sa ville. Demandez à un chauffeur de rickshaw de vous y emmener, une fois sur deux il vous regardera l’air un peu pensif.

Heureusement, la plupart connaissent le Eros, grand complexe qui servait de cinéma jusqu’à sa rénovation, encore en cours. C’est un peu le QG des rickshaws dans Jangpura, des chiens errants, des vendeurs de bouffe en tout genre. Et ici se trouve aussi le magasin d’alcool du quartier. A voir le passage et les bousculades qui ont lieu dans ce petit local aux nombreuses bouteilles, on oublie que les Indiens ne boivent pas. Abstinents les Hindous et les Musulmans ? En gros, devant le Eros, c’est là que ça se passe.

Liquor store Jangpura

Le quartier est peuplé en majorité par des membres de la classe moyenne-haute indienne. Il y a de belles maisons (je n’y inclus pas la nôtre, dommage), des voitures pas trop dégueulasses et pas mal de gens habillés “à l’occidentale”. On est encore un peu loin du luxe de certaines autres parties de la ville, mais ce n’est pas ici qu’on se lave dans les flaques aux allures suspectes.

My hood is so sikh

A Jangpura, le couvre-chef à la mode est le turban. Ici, une bonne partie de la population est sikh. J’en profite donc pour vous expliquer un peu qui ils sont, car le sikhisme reste très méconnu mais pèse quand même plus de 25 millions de personnes.

NanakIl s’agit d’une religion monothéiste (leur dieu s’appelle Vahiguru), fondée au début du 16e siècle par Nanak, un Pendjabi. Pour simplifier, on pourrait dire que le sikhisme est un croisement entre l’hindouisme et l’islam, desquels il s’inspire, bien qu’il ait ses traditions propres à lui. La plupart des Sikhs habitent le Pendjab indien, cette région coupée en deux après la partition avec le Pakistan. Mais leur diaspora hors sous-continent indien est assez importante, notamment en Angleterre ou États-Unis, où ils ont commencé à migrer dès le tournant entre 19e et 20e siècles.

Harmandir SahibLeur “capitale” est Amritsar, ville où se trouve le sublime Harmandir Sahib, ou Temple d’Or, que je visiterai le week-end prochain, si Vahiguru le veut. A Delhi, c’est à Jangpura qu’ils ont élu domicile, avec d’autres quartiers du sud de la ville.

Un SikhPour reconnaître un Sikh, pas besoin de dons de physionomiste ou d’ingénieur aérospatial. Ils portent un turban qui enroule leurs cheveux autour de la tête de manière à ce qu’on ne les voie pas (les cheveux bien sûr). Depuis la naissance, ils laissent pousser la tignasse et, en principe, ne la coupent jamais car il s’agit d’un don de Dieu. Et un don de Dieu, ça ne se refuse quand même pas. Faut pas déconner  !

La barbe aussi doit rester intacte. Ce qui a pu donner des amalgames assez tragiques aux États-Unis dans la folie post-11 septembre. Imaginez un ignorant sous pression face à un mec avec un gros tapis de poils sous le nez et un drap autour de la tête… Obama Osama Ben Laden a laissé des traces, et pas que dans le sud de Manhattan.

Sonia Gandhi et Manmohan Singh

Sonia Gandhi et Manmohan Singh

Le Sikh le plus célèbre actuellement s’appelle Manmohan Singh. Vous l’avez peut-être vu au G8, au G20, ou même au défilé du 14 juillet, aux côtés du président français. Il est le Premier ministre indien, sur le papier. En réalité, celle qui dirige le pays est Sonia Gandhi (aucun lien avec le Mahatma, mais veuve du petit-fils de Jawaharlal Nehru, premier chef de gouvernement à l’indépendance). Mais Manmohan est l’artisan du “boom économique” indien, depuis son passage au ministère des Finances entre 1991 et 1996. Et avec sa tête de grand sage, c’est le genre de personne à qui on confierait ses économies les yeux fermés. Vous l’aurez compris, je suis fan.

Harbhajan Singh, lanceur star de la sélection indienne de cricket

Harbhajan Singh, lanceur star de la sélection indienne de cricket

Sikh NYPD

Raju, notre marchand de légumes

Raju, notre marchand de légumes


Le choc des civilisations, épisode 2

août 12, 2009

Comme promis, encore quelques petites histoires d’Inde…

Vidange indienne6. Murs jaunis : Un peu partout, vous tomberez sur d’aimables messieurs qui font leur vidange. Pas celle de leur voiture. Contre le mur, sans forcément se cacher, à l’ancienne. Quand les murs sont trop petits, ils s’accroupissent.

7. Belly dance : Religion oblige, la tenue vestimentaire des femmes est très encadrée. Les décolletés sont quasi-inexistants, oubliez les mini-jupes. Et pourtant, nombreuses sont celles qui se baladent le nombril à l’air… Toujours à partir de 35-40 ans bien sûr. Le ventre étant symbole de maternité, pas de tabou. Parents de jeunes adolescentes, le voyage en Inde en famille peut s’avérer dangereux.

8. TTs all over the place : Les non-anglophones ne saisiront peut être pas la blague là-dedans. Les controlleurs indiens s’appellent des TT. Je lance donc à partir de maintenant un concours au meilleur jeu de mots. Envoyez vos réponses par mail ou laissez un comm’.

Hijra9. Moite-moite : Si vous cherchez à croiser des personnes situés quelque part sur la ligne entre “mâle” et “femelle” en France, le premier reflèxe sera d’aller du côté du Bois de Boulogne. En Inde, ils/elles viennent à vous, en demandant une petite donation. Il est de bon ton de leur offrir un petit quelque chose, car les hijiras ont le pouvoir de vous bénir… et aussi de vous maudire. (Et de vous faire un bisou sur la bouche histoire de vous mettre mal à l’aise.) En marge de la société et donc exclus du monde du travail, ils/elles vivent de ces dons.

10. Calage improvisé : Sur un banc, à même le sol et parfois carrément sur un chariot à glaces, l’Indien dort là où il peut. Plus d’un milliard de personnes dans un si petit territoire (tout reste relatif, évidemment), ça oblige à trouver de la place là où on peut. Quitte à se mettre dans les positions les plus inconfortables.

Chapeau quand même à ceux qui réussissent à dormir sur le sol d’une passerelle dans une gare de Delhi à 18 heures. Ou à une policière que j’ai vu dormir à l’entrée d’une mosquée bondée, avec des embouteillages juste devant. Tranquillement installée sur sa chaise en plastique. Quelques exemples en images de calages improvisés :

Sieste sol

Sieste bateau

Sieste rickshaw


Le choc des civilisations

août 4, 2009

Rickshaw in Jodhpur

Après un mois en Inde à observer les étranges créatures qui peuplent ce gigantesque sous-continent, ça vaut bien le coup d’analyser les différences culturelles qui existent entre “Occidentaux” et Indiens.

La liste est très longue, donc on s’attardera uniquement sur quelques éléments qui m’ont marqué pendant cette courte période. Un mois, c’est rien quand on parle de plus d’un milliard de personnes et de régions qui se ressemblent à peine. Mais c’est déjà assez pour quelques anecdotes intéressantes…

1. Le grattage : Mes amis sans e (la plupart en tout cas) savent bien que de temps en temps, il est naturel de se gratter au sud de l’Equateur. Mais nos moeurs occidentales veulent qu’on le fasse de manière plus ou moins dissimulée, selon ceux avec qui l’on se trouve. En Inde, pas de souci. Vous tomberez parfois sur un interlocuteur qui se passe la main sur les parties intimes, même en vous parlant. Que vous soyez un homme ou une femme, peu importe.

Vache Vârânasî2. Les vaches : Ce n’est pas un secret, surtout pour les lecteurs de Tintin. La vache est un animal sacré ici, avec tout ce que ça implique. Pas le droit de la manger, pas le droit de la dégager (en principe), la vache est libre. L’histoire veut qu’elle ait servi de monture à Shiva, un des trois dieux principaux de l’Hindouisme avec Brahma et Vishnu. Ce n’est pas pour autant qu’elle est bien nourrie.

Tintin vache sacrée

copyright Hergé, faut pas déconner

3. Masala orange juice : Internautes “fans” du blog tenu par mon éminent collègue Fabien, vous le savez déjà. Je l’expliquerai quand même aux autres malheureux qui ne connaissent pas encore Nioudeslits Connexion. Le jus d’orange se boit parfois agrémenté de “masala”, un mélange d’épices, salés bien sûr. Donc ça donne un jus d’orange… salé. Autre anecdote : les biscuits, sucrés bien sûr, ont aussi un goût d’épices de temps à autres. De quoi nourrir les stéréotypes sur les bouffeurs de curry.

Fairness cream4. Cosmétique : Un peu comme le monde pris à l’envers. Les femmes (et parfois les hommes) n’utilisent pas de crème auto-bronzante. On a plutôt recours aux “fairness creams”, des produits qui rendent la peau plus blanche (comme dans bon nombre de pays asiatiques). L’herbe est toujours mieux colorée chez le voisin ?

En parlant coloriage, les teintures de cheveux sont plus courantes chez les hommes que chez les femmes. Entre 40 et 60 ans de préférence. Et rouge. Très classe.

crédit Flickr

Baby mascaraEt enfin, les enfants que l’on maquille. Moins drôle, il s’agit d’une tradition qui veut qu’on protège les bambins des regards maléfiques en entourant leurs yeux de mascara noir, le kajal (pas sûr pour l’orthographe). Imaginez votre surprise en vous baladant dans les vieilles villes et en se retrouvant nez à nez avec un bébé maquillé.

Security

Il y a triche, ce sont les gardiens d'un temple. Mais je les ai bien aimés.

5. “Mais que fait la police ?” : Une petite anecdote pour finir. Première semaine en Inde, problème avec le net à l’appartement. Airtel, la compagnie de téléphone/Internet nous envoie un technicien, très sympa et avec un bon anglais (denrée rare…). Je vais le retrouver, il remet tout en marche. En partant, il propose de me déposer devant le bureau. Il n’y a que cinq minutes de marche à faire, mais bon, c’est pas tous les jours qu’on monte en moto avec M. Internet. Bien sûr, pas de casque. Et évidemment, on croise une voiture de police. Voilà, c’est tout. Vous vous attendiez quand même pas à ce qu’ils disent quelque chose ?!

La suite bientôt bande de veinards. Parce que c’est loin d’être fini.


Vârânasî : en weekend chez Shiva

juillet 27, 2009

Varanasi

Mille excuses, je vous ai délaissé. Le rythme frénétique d’Aujourd’hui l’Inde (bon, j’exagère un peu), la maladie (deux jours) et un weekend à Vârânasî ont eu raison de mon temps et de mon énergie… Bon, j’avoue, je me suis un peu relâché : on va dire que c’était pour mieux revenir !

Vieux Varanasi

Donc on va faire un petit récapitulatif des deux dernières semaines. D’abord, ce weekend à Vârânasî justement. Pour ceux qui ne connaissent pas, Vârânasî (connue aussi sous le nom de Bénarès) est une des villes saintes de l’hindouisme, sûrement la plus importante. C’est ici que beaucoup de hindous viennent se faire incinérer à leur mort avant que leurs cendres soient dispersées dans le Gange, qui coule le long de la cité.

Au Manikarnika Ghat, principal lieu de crémation de la ville, environ 300 cérémonies ont lieu chaque jour et on dit que le feu qui consume ces corps ne s’est pas éteint depuis maintenant 1000 ans. Rien que ça.Manikarnika Ghat, crémation

Un ghatLes ghâts, ce sont les marches qui mènent des quais au fleuve sacré. Tous les matins, au lever du soleil, des centaines de personnes descendent faire leurs ablutions dans le Gange. Et leur toilette diront les mauvais esprits. Il n’empêche qu’une trempette dans cette eau lave de tous ses pêchés. Seulement des ses pêchés, car il s’agit d’un des endroits les plus infestés au monde.

Saleté GangeImaginez qu’entre Vârânasî et les sources himalayennes, il y a plusieurs dizaines de villes qui rejettent leurs eaux usées dans la rivière. Là, je parle de ce qui sort des toilettes et autres (oui madame/oui monsieur). Rajoutez les eaux industrielles, quelques milliers de BVNI (bactéries et virus (non) identifiés) et bien sûr les cendres des morts. Ça fait très très peur n’est ce pas. Ah, j’oubliais la cerise sur le gâteau. C’est bien sûr les cadavres qui ne se consument pas jusqu’au bout et qui sont jetés quand même. Ou qu’on n’a même pas essayé de brûler. Hmmm.

Donc, les non-hindous ne se baignent pas, ça va de soi. Sauf les musulmans du coin (assez nombreux) qui doivent se laver, leur linge aussi. Au fait, on en a vu un justement de cadavre qui flottait. Il avait environ deux mois…

Sans transition, on passe à l’autre spécialité de Bénarès : la soie. Un certain Mike Alvarez a d’ailleurs écrit un délicieux reportage à ce sujet sur un certain site qui s’appelle Aujourd’hui l’Inde. Pas besoin d’en dire plus, à vous de voir.

Disciples de ShivaVârânasî c’est donc une ville avec une ambiance très particulière. Beaucoup d’hindous viennent ici en pèlerinage. Au moment où on était là, il y avait justement un festival d’un mois à la gloire de Shiva, un des 33 millions de dieux hindous. Des milliers de disciples viennent à Bénarès, parcourant entre 70 et François Bayrou100 kilomètres à pied, sans chaussures, pour rendre hommage à la divinité. Grâce à leurs tuniques oranges, on dirait plutôt des adeptes du MoDem, dixit mon compère Fabien. On n’a pas osé leur expliquer qui était François Bayrou…

Ville de la mort, il y a tout de même énormément de vie à Vârânasî. Pas pour rien qu’on l’appelle la “ville de la lumière”. La vie, c’est celle des dévots qui envahissent les ghâts au lever du jour et à la tombée de la nuit. Et celle des touristes qui viennent profiter de ces sublimes images en bons charognards. Il y a de quoi devenir schizophrène. D’un côté, on se dit que ces satanés touristes pourraient laisser ces gens tranquilles (le silence n’est-il pas indispensable au recueillement ?). Et d’un autre, on se dit : “tiens, la dernière fois que je me suis vu dans le miroir, j’avais encore une gueule de toubab”. Ah, si seulement j’étais le seul touriste…

… je me suiciderais. Cela voudrait dire que tous les bateliers se rueraient sur moi pour me proposer un tour en barque sur le Gange. Que tous les guides m’accosteraient pour me montrer le Manikarnika Ghat, et me laisseraient voir la crémation de près. Que tous les gamins viendraient me vendre leurs cartes postales et autres babioles.

Ha ! Rêvez toujours : que la ville soit pleine de touristes ou pas, vous êtes assailli. Fabien s’en souvient, l’expression de la journée est “Boat sir?”.


Sorry, I don’t understand…

juillet 12, 2009

S’il est possible de tirer une conclusion après onze jours en Inde, c’est que ce pays est compliqué. Très très compliqué. Je pense même qu’une vie ne suffit pas à tout comprendre ici. Alors autant se dire que c’est impossible et se laisser porter par le mouvement, incéssant à Delhi

Un train en IndeVous voulez prendre un train? Pas de souci, il n’y a qu’à remplir un formulaire, soit en anglais soit en hindi. Le nom, la destination, le jour, ça va encore. Mais il vous faudra le nom du train aussi. Et là ça se gate : il existe souvent plusieurs noms de train pour une même destination. Première ou deuxième classe? Rajoutez en une troisième, multipliez par deux selon si vous voulez l’air conditionné ou le ventilateur. Et encore, il y a des voitures avec banquette (même pour les trains de jour), avec ou sans clim’, et même plusieurs classes (si j’ai bien compris…).

Le formulaire rempli, on se dirige vers le comptoir. On se fait toujours doubler par un Indien agile de ses coudes la première fois. Au bout de quinze minutes d’attente, le guichetier (un homme aimable qui a visiblement choisi ce métier parce qu’il aime le contact avec le public) nous renvoie vers son collègue d’à côté. Comme ça, parce qu’il aime pas ta gueule. Ou Dieu sait pourquoi. En tout cas son guichet ne comporte aucune indication particulière.

L’autre parle à peine l’anglais, lui aussi. Mais le problème, c’est surtout son accent. Au bout de dix minutes, on en est toujours à gesticuler, à demander de répéter et à repousser les tentatives de ses copains de queue qui tentent de passer devant, alors même qu’on parle avec le guichetier. Au bout d’un moment, on réussit quand même à avoir son billet, je vous rassure. Et à trouver son train, tant bien que mal. Et à trouver son compartiment, après avoir essuyé le regard assassin du contrôleur à qui on pose des questions. Le fait que les salariés du rail indien travaillent pour le plus gros employeur au monde (au point que le ministre du Transport ferroviaire indien annonce son budget séparément de celui de l’État) laisse imaginer combien il existe de gens désagréables dans ce pays. Heureusement que les passagers sont (parfois) plus sympathiques.

Rickshaw, vu d'un rickshawSorti du train, on est obligé de prendre un de ces fameux auto-rickshaws, sorte de scooter à trois roues qui sert de taxi et qui est souvent décoré à la gloire de deux ou trois divinités hindoues. L’heure du tout aussi fameux marchandage ! “How much to go to X?” “Ok sir.” “No, how much?” “Eighty rrupees.” “No, no, I know it’s close. Only forty.” “Sixty rrupees.” “No, forty.” Et là, une chance sur deux. Soit il part sans rien dire, soit il désigne la banquette arrière d’un brusque mouvement de tête. Et là on prie pour qu’il ait bien compris où l’on va…

Une fois à destination, toujours pas de répit. A chaque rue qu’on traverse, on met sa vie entre les mains de Vishnu. Car comme dirait mon compagnon de voyage Fabien, les priorités fonctionnent à l’envers ici : d’abord les vaches, ensuite les camions, voitures, motos, rickshaws, vélos et ensuite vous, à égalité avec les chiens et autres espèces non-humaines et non-métalliques. La loi du plus gros.

Il ne s’agit là que de quelques exemples. On pourrait parler du fait que (presque) personne ne dit merci, des feux rouges grillés, des portiques de sécurité inutiles (en pleine rue parfois…) et de beaucoup d’autres choses. Mais là, le weekend à Delhi a été fatiguant, et je pense en avoir dit assez. Vous aurez droit à d’autres anecdotes au cours des deux prochains mois, promis.


Délocalisé en Inde

juillet 3, 2009

Couleurs de l'Inde

Façon curry, tandoori, avec des nans, des chapatis, du paneer : pendant deux mois, vous allez déguster du “Welcome to Sancho” à l’indienne. J’ai posé le pied mardi à 4 heures du matin (0h30 heure de Panam’) sur le sous-continent de Gandhi, Apu et consorts après une journée de voyages Clichy-Roissy-Helsinki-Delhi. D’ailleurs, Helsinki-Delhi c’est pas mal du tout niveau contrastes, je vous le conseille.

Dès l’arrivée, j’ai compris que les choses allaient être compliquées cet été. On m’avait prévenu que les Indiens avaient un accent assez prononcé en anglais, mais je ne réalisais pas encore qu’ils fallaient déjà qu’ils parlent un peu l’anglais pour qu’on parle d’accent… Tant bien que mal, j’ai chopé un taxi, que voici :

Taxi Delhi

Il y a du progrès à faire sur la prise de photos, j’avoue…

Manmohan SinghSur le trajet, j’ai compris deux choses. Apparemment, on est passé devant la résidence du Premier ministre, le grand sage libéral Dr. Manmohan Singh (crédit photo Flickr), qui doit sûrement avoir une des plus belles tignasses au monde sous son turban.

L’autre, c’est que le taximan ne trouvait pas l’appartement. En même temps, vu l’étendue de la ville et que dans mon nouveau quartier, Jangpura Extension, les maisons F-16font partie de pâtés de maison avec des noms de lettre, qui ne se suivent pas forcément, on le comprend. Pour la petite histoire, j’habite au F-16. Gangsta.

F-16 JangpuraJ’y ai rencontré mon nouveau colocataire, Fabien (aka Yann Henaff). Un mec très cool, amateur de blagues raffinées et de nouveaux horizons. Que je connaissais déjà : il est dans ma classe. Et avec qui je partagerai logement, bureau et même sûrement chambre d’hôtel ou de guesthouse lors de nos virées weekendiennes.

La semaine, on sera au K-56 de Jangpura Extension, à la rédaction de Aujourd’hui l’Inde, un magnifique site d’information en français dédié à l’actualité indienne et à tout ce qui concerne ce beau pays (et qui pourrait intéresser des francophones bien sûr). Derrière les manettes, le correspondant en Inde de Libération, Radio France, Les Echos, Pierre Prakash. Et en lieutenant, Antoine Corta, rédac’ chef un an seulementAujourd'hui l'Inde après être sorti de son école. Point commun entre les deux, l’école justement, la même que Fabien et moi… la belle coïncidence.

Notre caution pour l’instant, c’est Noëlie, notre troisième collocataire, assise en face de moi en train de finir d’écrire le prochain Petit Futé sur le Népal et le Bhoutan au moment où je poste. (Elle me dit qu’elle “n’en peut plus de ce guide” justement.) Mais Mademoiselle Globetrotter s’occupera de la vidéo pour le site et travaille dans le bureau d’à côté, donc on va la mettre de côté. Oui, l’Inde est un pays encore marqué par le système des castes.

Du nouveau bientôt, avec des photos, toujours des photos. Prochaine destination, ce weekend (a priori) : Agra et le sublime Taj Mahal, entre autres.


I know you got neo-soul

juin 14, 2009
Queen of neo-soul

Après des années dans le placard, ça y est, je fais mon coming-out. Préparez vous, attention : j’aime la “neo-soul“. Et en plus, j’assume.

Oui, les tempos au ralenti, les voix chaudes, évocatrices de passion, sensualité, bonheur ou haine ne me laissent pas insensible. Difficile de rester de marbre en écoutant Jill Scott raconter comment l’amour lui a “plu” dessus… Rien de mielleux là-dedans : un poème et une mélodie soyeuse, tout en simplicité.

Dans cette version, le rappeur Mos Def ajoute sa petite touche. Car son monde, le hip-hop, et celui de “Jilly from Philly”, la neo-soul, sont en interactivité constante. De Outkast à Talib Kweli, beaucoup d’artistes hip-hop font appel à des chanteurs/chanteuses de neo-soul pour des collaborations très intéressantes. Certains groupes ont même des “partenariats”, comme Little Brother avec Darien Brockington, qui participe même aux tournées de cet excellent duo de Caroline du Nord.

Comme le hip-hop, la neo-soul tire ses influences principalement du jazz, du funk, du blues et bien sûr, de la soul. Même s’il est difficile de l’évaluer, on estime généralement que c’est dans les années 90 que la neo-soul est apparue. Dérivé du R&B, ce nouveau genre se rapproche plus de la soul façon 70s, avec des textes qui se veulent plus travaillés et des rythmes plus posés que ceux des Janet Jacksons et autres Boyz II Men. Comme pionniers, on retiendra Raphael Saadiq, D’Angelo ou Lauryn Hill. Même si on peut carrément remonter aux années 80, avec le groupe Sade, auteur du culte “Smooth Operator”.

Derrière le terme de “neo-soul” se cache un concept marketing. Certains artistes issus de la mouvance rejettent cette expression, se considérant tout simplement comme des musiciens “soul”. Je comprends ce point de vue, mais je considère que l’étiquette est pertinente, permettant ainsi de classer ce genre musical, proche mais différent de celui qui a rendu célèbre les artistes de Motown.

Malgré les succès de Lauryn Hill, Alicia Keys ou Erykah Badu, la neo-soul reste peu connue et peu reconnue. D’où l’intérêt de ce post. Pas de mal à faire de l’évangélisme musical quand il s’agit de sons qui sont bons pour votre soul

Pour découvrir cette douce et belle musique, je vous conseille les superbes mixtapes “Soulrific”, qui mélangent un peu de tous les types de neo-soul. Sinon allez voir directement ce que font les meilleurs artistes (ou en tout cas les plus connus). Ce serait un crime, mais si je ne devais en garder qu’un(e), ce serait une reine nommée Erykah Badu

Les amateurs de voix venues d’ailleurs apprécieront Anthony Hamilton ou Joss Stone, qui à 22 ans seulement s’est déjà largement imposée et se distingue par le fait qu’elle est anglaise et… blanche. Dans le genre smooth, D’Angelo et Dwele (révélé par le groupe de J. Dilla, le meilleur producteur hip-hop de tous les temps) sont incontournables, tout comme India Arie ou Bilal. Côté femmes à caractère, cherchez plutôt du Jill Scott ou Angie Stone. Et on n’oublie pas nos amies francophones, Zap Mama (chantent en anglais) et les géniales soeurs Les Nubians (en français).

Bonnes écoutes à vous et je compte sur votre amour de la musique pour répandre la bonne parole. Comme l’aurait dit notre parrain à tous, James Brown, “I know you got (neo) soul” !


Peut-on croire aux surhommes ?

mai 23, 2009

LeBron James, superhero?

C’est un peu facile, comme annoncer la pluie alors que les premières gouttes sont déjà tombées. Dire que LeBron James, la star de l’équipe de basket des Cleveland Cavaliers (Etats-Unis), domine son sport actuellement, est un constat presque inutile. Mais ce qu’il a fait ce vendredi soir, lors du deuxième match (sur 7) des demi-finales de playoffs NBA, mérite toutes les éloges auxquelles s’ajoute ce post et une attention particulière.

Son équipe est menée 95-93, à une seconde de la fin du match. Sur une remise en touche, James se démarque, face au panier, derrière la ligne de trois points. Il récupère la passe et, dans un même élan, envoie la balle au-dessus de son adversaire, dans le panier.

96-95, les Cleveland Cavaliers passent d’un retard 0-2 dans la série face au Orlando Magic (4 victoires sont nécessaires pour atteindre la finale) à 1-1 et un tout autre confort pour les matches à venir.

On comprend aisément la liesse des supporters et de ses coéquipiers, qui se jettent sur lui comme s’il venait de leur apprendre qu’ils avaient gagné la loterie. Et forcément, on se demande comment cet homme, qui porte déjà une équipe somme toute assez moyenne sur ses épaules, a réussi ce coup de maître. Fait-il partie de ces “êtres supérieurs”, les fuoriclasse comme on les appelle en Italie, capables de choses qui paraissent inimaginables ?

Relativisons, il n’a pas découvert la cure contre le Sida. Pas encore en tout cas. Mais c’est à se demander s’il n’a pas franchi un palier, ce soir-là. Celui qui fait qu’aujourd’hui, on puisse le mesurer aux meilleurs joueurs de tous les temps, comme le fut Michael Jordan il y a quelques années. Car ce qu’on reprochait jusqu’il y a peu à James, c’était son absence lors des grands moments. Là, il vient de prouver qu’à 24 ans, il atteint sa phase de maturité.

Peut-être que ce 22 mai, on a vu l’éclosion d’un géant, digne des plus grands palmarès et du statut de légende vivante. Il faut savoir reconnaître et, surtout, apprécier un grand quand on en tient un. L’Histoire dira si LeBron James en est un. Mais on peut déjà tirer un énorme coup de chapeau à ce champion. Et lui souhaiter de contribuer, encore un peu plus, à ramener à Cleveland son tout premier titre NBA, 39 après la création des Cavaliers.