
Il y a deux semaines, je vous parlais de Jangpura et de ses Sikhs. Comme annoncé, je me suis rendu en weekend dans leur capitale, Amritsar. Dire que j’hésitais à y aller…
Pour commencer, je dédie ce post à Mark, qui m’avait écrit “je t’interdis de partir du pays sans avoir vu Amritsar, c’est magnifique”. Il n’a pas exagéré, passage obligé !

Tout d’abord parce que c’est une ville empreinte d’histoire. Située dans l’est du Pendjab, Amritsar a connu la partition et les vagues de mouvements entre Inde et ce qui deviendrait le Pakistan. Elle a donc servi d’abattoir géant pendant les massacres terribles entre hindous, sikhs et musulmans. Bilan : un million de morts et 12 millions de déplacés à travers le Pakistan, l’Inde et le Bangladesh.
Avant cela, il y avait eu en 1919 le massacre de Jalianwala Bagh. C’est le nom d’une place où, lors d’une manifestation pacifique contre le colon britannique, les soldats du roi ont ouvert le feu sur la foule. Bilan : 379 morts et 1200 blessés (officiellement) et des traces de balles encore présentes sur des murs. La place a été transformée en parc commémoratif de ce triste événement et de ses martyrs. Le massacre servira d’élément déclencheur du mouvement de non-coopération initié par le Mahatma Gandhi qui aboutira à l’indépendance de l’Inde.

En 1984, des sikhs séparatistes à la quête d’un Etat à eux, comme les musulmans du Pakistan et du Bangladesh, s’enfermeront dans le Temple d’Or en guise de provocation. Ni une, ni deux, le Premier ministre Indira Gandhi (fille de Jawarharlal Nehru, père de la nation indienne, mais aucun lien avec le Mahatma) enverra des troupes dans le temple pour déloger les indépendantistes. Bilan : 576 morts officiels, plus de 5.000 selon les historiens, dont de nombreux civils et une insulte suprême pour les sikhs. Les gardes du corps sikhs d’Indira Gandhi l’assassineront en représailles. Des émeutes anti-Sikhs s’en suivront dans le nord du pays. Bilan : près de 3.000 morts.
La mort hante peut-être encore Amritsar, mais rien ne le laisse transparaître hormis Jalianwala Bagh et quelques plaques. La ville vit, est chaude, accueillante. Les Pendjabis ont un langage similaire à l’hindi, mais un physique particulier. Grands, costauds, peau claire, cela tranche nettement avec les gringalets du Sud. Beaucoup de Sikhs dans cette ville qui leur sert de capitale. On se croirait encore un peu à Jangpura…

Le clou de la visite, ça reste bien sûr le Harmandir Sahib, ou Temple d’Or. (De mauvaises langues diront qu’il n’y a que ça à voir à Amritsar. Ne les écoutez pas.) Je le mettrais dans la même catégorie que le Taj Mahal, le genre de monument qui fait ramasser sa machoire pendant au moins cinq minutes. Rien à dire, on est trop occupé à se régaler les yeux.
Avant d’entrer dans le temple, on doit obligatoirement se couvrir la tête. Les sikhs ont leur turban, pas de soucis. Les autres doivent se coiffer d’un mouchoir assez grand ou d’un bandana hideux acheté 10 roupies (0,15 euros) à l’entrée. En même temps, on n’est pas là pour être beau. Juste pour se faire plaisir.

Ca t'apprendra à laisser tes photos de vacances sur Flickr mon pote
Le bâtiment est carré, avec une grande cour intérieure occupée par un énorme bassin d’eau. On marche autour de l’eau, sous les arcades ou à l’air.

Des sikhs se baignent dans cette H2O sacrée, trempette qui fait partie des traditions qui s’imposent aux pèlerins. Et au milieu de l’eau, un édifice sur trois étages couvert d’or. Oui, d’or. Même Lil’ “je mets des diamants sur mes dents” Wayne passe pour un tocard à côté.
Eclairé par le soleil ou artificiellement, le coeur du temple éblouit de sa splendeur. (Et aussi parce que ça brille bien sûr.) On fait la queue pendant une vingtaine de minutes pour pouvoir entrer dans ce lieu, sur une passerelle au-dessus de l’eau. A l’intérieur, des plafonds recouverts de dorures, une déco ultra-kitsch mais qui inspire plutôt l’émerveillement que le dégoût. Et des gens qui prient, évidemment.
On se rend compte ici à quel point nos cathédrales austères européennes peuvent différer des édifices religieux qu’on trouve parfois en Inde. Pas la constatation du siècle, mais ça fait réfléchir sur les diverses conceptions qu’on peut avoir de la religion ailleurs sur le globe.
L’autre vue à ne surtout pas manquer de visite à Amritsar : la frontière pakistanaise. Une heure d’autorickshaw ou une heure et quart de bus et on se retrouve à Attari (coller une blagounette de geek ici), dernière ville avant le Pakpak. Sur une borne au bord de la route, on lit “Lahore 23 km”. 23 km putain, c’est rien !
A moins d’avoir déjà vu des photos de ce lieu, petit capotage en règle en arrivant. Une grande barrière au fond, ok. Mais sur les côtés, des gradins. Quoi, des gradins devant une frontière. Oui, des gradins, des gradins de stade. Où les gens s’asseyent pour voir les gardes accomplir la cérémonie quotidienne de fermeture de la frontière, à la tombée de la nuit.

Un truc de malade. Les gardes paradent d’un côté et de l’autre des barrières, dans des uniformes impeccables, ornés de chapeaux à crêtes en tissu qui ressemblent à des éventails de Sévillane. Ils avancent en étirant les jambes jusqu’à la tête, touchant parfois leur couvre-chef avec le bout du pied, marchent très vite vers la frontière et se postent face à l’ennemi. Près d’un millier de “supporters” en folie les encouragent, criant “Hindustan zindabad” (allez l’Inde) ou “Jai ho” (allez). En face, “Pakistan zindabad” et une sono qui crache du son bien meilleur et bien plus fort.
Des deux côtés, un Punjabi MC digne de Telemundo qui crie quelque chose qui ressemble à “Goooooooooooool!” pendant 45 secondes. Encore une fois, ça envoie plus lourd chez les Pakis. Et la touche finale, le 2 contre 2. La frontière s’ouvre et un carré de 2 Pakistanais et 2 Indiens se forme. Session “je te fixe sans rigoler et j’essaie de te faire chier dans ton froc le tout sans lâcher le regard pendant une ou deux minutes en gueulant de toutes mes forces de temps en temps” entre Indiens et Pakistanais. Puis on abaisse les drapeaux et on rentre chez soi en claquant le portail. Après s’être serré la main quand même.
De l’autre côté de la frontière, on voit les Pakistanais en kurta, habit traditionnel d’Asie du sud, femmes et hommes séparés. Derrière et à côté de nous, habits “occidentaux” et population mixte. Oui, quelques années séparent encore les deux pays. Et une haine tenace qu’ils expriment en venant s’asseoir dans les tribunes et en chantant à la gloire de leur pays.
Mais après, on s’amuse à faire les comptes. Des gradins des deux côtés, des chants qui se ressemblent à mort. Les uniformes ne changent que par la couleur, la choré est quasiment la même. La région est la même des deux côtés : le Pendjab (pakistanais à l’ouest, indien à l’est). Et on se quitte tous les soirs en claquant la porte. Ça sent l’embrouille entre frangins.

Publié par welcometosancho 




Publié par welcometosancho
Quand on pose les valises quelque part et qu’on y prend ses habitudes, on finit forcément par s’y attacher un peu. Depuis début juillet, c’est à Jangpura Extension que j’ai marqué mon territoire. (Sans laisser de traces sur les arbres, je vous rassure.) Donc si une guerre des gangs géante devait éclater à Delhi, je sais de quel côté je serais. Fier d’être de JGP.

Il s’agit d’une religion monothéiste (leur dieu s’appelle Vahiguru), fondée au début du 16e siècle par Nanak, un Pendjabi. Pour simplifier, on pourrait dire que le sikhisme est un croisement entre l’hindouisme et l’islam, desquels il s’inspire, bien qu’il ait ses traditions propres à lui. La plupart des Sikhs habitent le Pendjab indien, cette région coupée en deux après la partition avec le Pakistan. Mais leur diaspora hors sous-continent indien est assez importante, notamment en Angleterre ou États-Unis, où ils ont commencé à migrer dès le tournant entre 19e et 20e siècles.
Leur “capitale” est Amritsar, ville où se trouve le sublime
Pour reconnaître un Sikh, pas besoin de dons de physionomiste ou d’ingénieur aérospatial. Ils portent un turban qui enroule leurs cheveux autour de la tête de manière à ce qu’on ne les voie pas (les cheveux bien sûr). Depuis la naissance, ils laissent pousser la tignasse et, en principe, ne la coupent jamais car il s’agit d’un don de Dieu. Et un don de Dieu, ça ne se refuse quand même pas. Faut pas déconner !



Publié par welcometosancho
6. Murs jaunis : Un peu partout, vous tomberez sur d’aimables messieurs qui font leur vidange. Pas celle de leur voiture. Contre le mur, sans forcément se cacher, à l’ancienne. Quand les murs sont trop petits, ils s’accroupissent.
9. Moite-moite : Si vous cherchez à croiser des personnes situés quelque part sur la ligne entre “mâle” et “femelle” en France, le premier reflèxe sera d’aller du côté du Bois de Boulogne. En Inde, ils/elles viennent à vous, en demandant une petite donation. Il est de bon ton de leur offrir un petit quelque chose, car les hijiras ont le pouvoir de vous bénir… et aussi de vous maudire. (Et de vous faire un bisou sur la bouche histoire de vous mettre mal à l’aise.) En marge de la société et donc exclus du monde du travail, ils/elles vivent de ces dons.



2. Les vaches : Ce n’est pas un secret, surtout pour les lecteurs de Tintin. La vache est un animal sacré ici, avec tout ce que ça implique. Pas le droit de la manger, pas le droit de la dégager (en principe), la vache est libre. L’histoire veut qu’elle ait servi de monture à Shiva, un des trois dieux principaux de l’Hindouisme avec Brahma et Vishnu. Ce n’est pas pour autant qu’elle est bien nourrie.
4. Cosmétique : Un peu comme le monde pris à l’envers. Les femmes (et parfois les hommes) n’utilisent pas de crème auto-bronzante. On a plutôt recours aux “fairness creams”, des produits qui rendent la peau plus blanche (comme dans bon nombre de pays asiatiques). L’herbe est toujours mieux colorée chez le voisin ?
Et enfin, les enfants que l’on maquille. Moins drôle, il s’agit d’une tradition qui veut qu’on protège les bambins des regards maléfiques en entourant leurs yeux de mascara noir, le kajal (pas sûr pour l’orthographe). Imaginez votre surprise en vous baladant dans les vieilles villes et en se retrouvant nez à nez avec un bébé maquillé.



Les ghâts, ce sont les marches qui mènent des quais au fleuve sacré. Tous les matins, au lever du soleil, des centaines de personnes descendent faire leurs ablutions dans le Gange. Et leur toilette diront les mauvais esprits. Il n’empêche qu’une trempette dans cette eau lave de tous ses pêchés. Seulement des ses pêchés, car il s’agit d’un des endroits les plus infestés au monde.
Imaginez qu’entre Vârânasî et les sources himalayennes, il y a plusieurs dizaines de villes qui rejettent leurs eaux usées dans la rivière. Là, je parle de ce qui sort des toilettes et autres (oui madame/oui monsieur). Rajoutez les eaux industrielles, quelques milliers de BVNI (bactéries et virus (non) identifiés) et bien sûr les cendres des morts. Ça fait très très peur n’est ce pas. Ah, j’oubliais la cerise sur le gâteau. C’est bien sûr les cadavres qui ne se consument pas jusqu’au bout et qui sont jetés quand même. Ou qu’on n’a même pas essayé de brûler. Hmmm.
Vârânasî c’est donc une ville avec une ambiance très particulière. Beaucoup d’hindous viennent ici en pèlerinage. Au moment où on était là, il y avait justement un festival d’un mois à la gloire de Shiva, un des 33 millions de dieux hindous. Des milliers de disciples viennent à Bénarès, parcourant entre 70 et
100 kilomètres à pied, sans chaussures, pour rendre hommage à la divinité. Grâce à leurs tuniques oranges, on dirait plutôt des adeptes du MoDem, dixit mon compère Fabien. On n’a pas osé leur expliquer qui était François Bayrou…
Vous voulez prendre un train? Pas de souci, il n’y a qu’à remplir un formulaire, soit en anglais soit en hindi. Le nom, la destination, le jour, ça va encore. Mais il vous faudra le nom du train aussi. Et là ça se gate : il existe souvent plusieurs noms de train pour une même destination. Première ou deuxième classe? Rajoutez en une troisième, multipliez par deux selon si vous voulez l’air conditionné ou le ventilateur. Et encore, il y a des voitures avec banquette (même pour les trains de jour), avec ou sans clim’, et même plusieurs classes (si j’ai bien compris…).
Sorti du train, on est obligé de prendre 

Sur le trajet, j’ai compris deux choses. Apparemment, on est passé devant la résidence du Premier ministre, le grand sage libéral Dr. Manmohan Singh (crédit photo Flickr), qui doit sûrement avoir une des plus belles tignasses au monde sous son turban.
font partie de pâtés de maison avec des noms de lettre, qui ne se suivent pas forcément, on le comprend. Pour la petite histoire, j’habite au F-16. Gangsta.
J’y ai rencontré mon nouveau colocataire, 
